En Bretagne, ils veulent relancer une ligne de train fermée depuis 30 ans

En Bretagne, ils veulent relancer une ligne de train fermée depuis 30 ans

Fermée depuis trente ans, la ligne de chemin de fer TER qui traverse la Bretagne du nord au sud pourrait reprendre du service. À l’initiative de cette possible renaissance, un collectif de cheminots et un passionné de trains qui militent pour le retour du rail en zone rurale.

Le ballet des cars TER fait vibrer les vitres des immeubles autour de la gare routière de Pontivy (Morbihan). Les voyageurs se protègent du soleil de juillet sous l’unique abribus, planté au coin du parking. Depuis la fermeture de la gare en 2014, c’est le seul lieu où patienter. Mais plus pour longtemps. Dans quelques mois, le bâtiment, refait à neuf, rouvrira ses portes au public, grâce à Jean-Philippe Van Walleghem . Ce chef d’entreprise passionné de trains a investi 1 million d’euros pour racheter et rénover la gare de cette sous-préfecture de 15.000 habitants, laissée à l’abandon depuis l’effondrement d’une partie de son plafond.

Les travaux avancent bien. Ce matin-là, les ouvriers installent avec mille précautions la nouvelle horloge sur le fronton. « Une horloge, c’est le cœur d’une gare », sourit le nouveau propriétaire. Dans quelques mois, un guichet SNCF y sera installé. Et Jean-Philippe Van Walleghem ne compte pas s’arrêter là. « La réouverture de la gare, c’est la première étape. L’objectif final, c’est le retour du train de voyageurs ! »

Voilà trente ans que Pontivy n’en a plus accueilli un seul. La ligne de chemin de fer allant de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) à Auray via la ville ne voit plus circuler que quelques wagons de fret. C’est donc en car que les habitants se rendent dans le département voisin, pour un bilan carbone près de deux fois supérieur. « Il faut faire revenir des trains ici. Racheter la gare, c’est un acte militant », affirme Jean-Philippe Van Walleghem, casque de chantier orné de l’inscription « chef de gare » sur la tête. « L’égalité de traitement entre citoyens passe aussi par la mobilité, et les liaisons par bus ne sont pas une solution d’avenir »

Et il n’est pas seul. À ses côtés, une cinquantaine d’élus, de militants associatifs et de citoyens sont réunis au sein du collectif « Centre-Bretagne en train », fondé il y a deux ans pour relancer la liaison ferroviaire entre le nord et le sud de la Bretagne. L’enjeu est double : augmenter le fret et, surtout, remettre des voyageurs sur les rails. À la clé, un désenclavement du territoire et une réduction du trafic routier.

« Quand vous regardez la carte du réseau ferroviaire de la région, il y a un gros trou au milieu. C’est le centre de la Bretagne », décrit Simon Brunet, cheminot adhérent à la CGT et fondateur du collectif. « C’est un territoire qui souffre, qui périclite même. L’égalité de traitement entre citoyens passe aussi par la mobilité, et les liaisons par bus ne sont pas une solution d’avenir. » 140.000 personnes vivent le long de la ligne. Autant de passagers potentiels.

En Bretagne, ils veulent relancer une ligne de train fermée depuis 30 ans
Jean-Philippe Van Walleghem, le propriétaire de la gare de Pontivy.

L’idée de relancer cette liaison en train n’est pas nouvelle, mais l’urgence climatique a accéléré la réflexion. « Le contexte écologique a été déclencheur pour monter le collectif », affirme le cheminot. Une réunion publique organisée à Pontivy en novembre 2019 a attiré une soixantaine de personnes. Le 14 juillet, Emmanuel Macron a annoncé vouloir développer les petites lignes de train, le fret et les trains de nuit. Parallèlement, les initiatives citoyennes visant à défendre ou promouvoir le train se multiplient. La coopérative Railcoop , avec laquelle le collectif breton est en contact, veut ainsi relancer la ligne de train Bordeaux-Lyon, abandonnée par la SNCF. « On sent bien qu’on a une ouverture, que le contexte est favorable au débat », se réjouit Simon Brunet, « et on va s’en saisir » . « Ce sont ceux qui tiennent le cordon de la bourse qu’il faut convaincre »

De sa gare en chantier, Jean-Philippe Van Walleghem sent lui aussi cet engouement. « Il ne s’agit pas de faire partir des trains avec trois voyageurs, il faudrait une étude de marché, des horaires convenables… Mais la communauté de communes [Pontivy communauté] compte 45.000 habitants, ça fait quand même du monde ! » Le collectif espère une réouverture de la ligne bretonne aux voyageurs d’ici cinq ans.

Ce ne serait d’ailleurs pas une première. En 2016, un tronçon de la ligne de TER entre Oloron-Sainte-Marie et Bedous, dans les Pyrénées-Atlantiques, a été remis en fonctionnement après cinquante ans de fermeture. Le coût de 102 millions d’euros a été pris entièrement en charge par l’ancienne région Aquitaine. En Bretagne, le projet Auray-Saint-Brieuc est soutenu par de nombreux élus locaux du nord au sud de la ligne. À Saint-Brieuc, la nouvelle équipe municipale de gauche écologiste y est favorable, tout comme celle de Pontivy.

« Mais ce sont ceux qui tiennent le cordon de la bourse qu’il faut convaincre », rappelle Simon Brunet. Le collectif estime à 100 millions d’euros le coût de la modernisation et du fonctionnement de la liaison en train. Une somme que se partageraient SNCF Réseau, propriétaire de l’infrastructure ferroviaire, et la région Bretagne, compétente en matière d’organisation du transport. « Vivre au pays, c’est un droit »

Cette dernière n’envisage pas de rouvrir la ligne pour l’instant. « À ce stade, la région Bretagne n’a participé à aucune discussion sur le sujet », précise le vice-président aux transports, Gérard Lahellec. Il rappelle que la collectivité a « consenti à cofinancer des travaux d’infrastructure pour permettre aux trains de marchandises de continuer à desservir les entreprises du centre de la Bretagne » depuis 2007. La région Bretagne a par ailleurs massivement investi dans le TER, dépensant 160 millions d’euros pour rénover plusieurs lignes.

« Nous comprenons cette position, affirme Simon Brunet. Cette ligne étant d’importance nationale pour le fret, l’État doit également prendre ses responsabilités. » Le collectif entend profiter des élections régionales de mars 2021 pour mettre en avant le sujet de la rénovation et de la création de petites lignes. « On ne veut pas que la question du train se cantonne à accélérer les liaisons avec Paris, souligne le syndicaliste. Vivre au pays, c’est un droit. Pour assurer l’égalité entre les territoires, il faut une solidarité entre les lignes rentables et celles qui ne le sont pas. Le “monde d’après” passe aussi par là. »

La gare de Pontivy, elle, rouvrira ses portes dans un an. Casquette, sifflet et badge SNCF, la tenue de chef de gare Jean-Philippe Van Walleghem est déjà prête. Il en est persuadé : le train sifflera de nouveau trois fois dans le centre de la Bretagne.

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