Pourquoi les ministres désertent toujours les plateaux de télévision

Pourquoi les ministres désertent toujours les plateaux de télévision

Le déconfinement? Quel déconfinement? S’il y a bien un domaine où le gouvernement n’est pas pressé d’opérer un retour à la normale, c’est bien celui des interviews politiques menées dans les studios de télévision ou de radio. Depuis le 11 mai, aucun de ses membres n’est encore revenu physiquement sur un plateau pour répondre aux questions des journalistes, préférant prolonger le dispositif des duplex depuis leurs ministères, généralisé pendant le confinement. Une situation qui commence à agacer l’intervieweur vedette de RMC et BFMTV Jean-Jacques Bourdin, qui s’en est ému lundi soir, sur le plateau de l’émission « C à Vous » sur France 5.

« Je suis en train de pousser les responsables de la majorité à venir, parce que l’opposition vient maintenant en studio mais, on ne sait pas pourquoi, pas les membres du gouvernement » s’est étonné l’animateur de « Bourdin Direct », déplorant la moindre qualité des échanges à distance. « On perd un tiers des questions, parfois plus, et la possibilité de rebondir, a-t-il regretté. Ils sont tranquilles, ils peuvent répondre ce qu’ils veulent, ils font un long tunnel et nous, on est bloqués en essayant de relancer la machine ».

« En deux mois, on a reçu zéro ministre même les plus petits »

Dans l’entourage du gouvernement, on reconnaît avoir voulu « poursuivre par prudence », en ce début de déconfinement, la consigne de ne pas se montrer sur les plateaux, appliquée à partir du 17 mars. « Quand on est membre du gouvernement en temps de crise, alors que l’on demande des efforts aux Français, le principe d’exemplarité est indispensable, souligne une source proche de l’exécutif. Mais la règle va bientôt être assouplie. Les ministres vont revenir en plateau à condition que ceux-ci permettent le respect strict des gestes barrière ».

Une bonne nouvelle pour les chaînes d’information en continu. « En deux mois, on a reçu zéro ministre même les plus petits, soupire le programmateur de l’une d’elles. Il n’y avait pas de négociation possible : la consigne venait de Matignon. Or, le duplex a ses limites. L’invité n’entend pas les relances à l’oreillette ou fait mine de ne pas les entendre. C’est compliqué d’installer le match de boxe ».

Pourtant, certains opposants ont très tôt retrouvé le chemin des studios. A l’image du président des Républicains Christian Jacob, à son retour de convalescence après avoir été atteint par le Covid-19. Ou du chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui a participé le 19 avril à l’émission BFM Politique… contre l’avis d’une partie de son équipe, inquiète pour sa santé. « Il ne faut pas tomber dans la psychose, leur a-t-il finalement répondu. Les consignes de distanciation sont respectées. Et puis quand je suis sur le plateau, ça donne une meilleure émission ».

A France Inter, la question ne s’est pas posée car Radio France a décidé, par mesure de précaution, de ne plus accueillir d’invités dès le début du confinement. Une consigne en passe d’être levée. Le premier à revenir s’asseoir dans le studio de la matinale de Nicolas Demorand et Léa Salamé, lundi prochain, sera l’ex-président de la République François Hollande. « Une bonne interview se réalise en face-à-face, reconnaît Mathieu Sarda, responsable de la programmation à la rédaction de France Inter. On peut voir les mimiques de l’invité, ses réactions, lui demander de préciser ou de réagir. On a hâte que ça recommence! ».

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