Pourquoi les salles de sport s’impatientent de réouvrir

Pourquoi les salles de sport s’impatientent de réouvrir

Les professionnels du fitness, qui se sentent invisibles dans les débats malgré leurs six millions d’adhérents, rouvriront « au mieux » à partir du 2 juin. Ça grince dans les salles…

Elles n’appartiennent pas aux secteurs dits essentiels à l’activité du pays, sont moins audibles que la restauration et l’hôtellerie qui poussent pour leur reprise et moins médiatisées que les sportifs et les clubs professionnels… Les salles de sport rongent leur frein dans l’ombre, même si le marché du fitness concerne, en France, 4 540 salles, 30 000 emplois, 6,2 millions d’adhérents et pèse 2,6 milliards d’euros en 2019, selon une étude EuropeActiv/Deloitte.

Les salles sont fermées depuis mi-mars. « Cela fait deux mois, et on a l’impression qu’on ne parle jamais de nous… », grince un salarié d’une structure bretonne. « C’est le flou total ! Il faut qu’on cherche l’info parce qu’elle ne vient pas à nous ! », embrayent Marc et Fanchon Thomas, gérants de l’enseigne Thalaform, à Quimper.

Pas avant le 2 juin « au moins »

Les salles de fitness attendent impatiemment de connaître le contenu de la deuxième étape du déconfinement. Dans son guide de recommandations des équipements sportifs, sites et espaces de pratiques sportives, le ministère des Sports indique que les équipements en intérieur ne rouvriront pas avant le 2 juin, « au moins ».

Cette dernière précision inquiète les professionnels. « On pensait vraiment qu’on repartirait le 11 mai… Le syndicat du fitness (France Active) a été surpris, alors qu’il travaillait depuis le début avec le ministère des Sports et avait fait des propositions. On était prêts ! », certifie Rozenn Boucheur, coach sportif et responsable d’une salle à Lannilis (29) l’Orange Bleue, l’enseigne rennaise leader en France (430 salles).

« On a appris que nous n’étions pas des commerçants (plusieurs ont rouvert, NDLR), ironise Thomas Monnier, directeur général adjoint de la chaîne Keep Cool, numéro 2 du secteur (255 salles). On peut comprendre qu’on doive attendre début juin, qu’on rouvrira d’abord dans les zones vertes mais, au moins, qu’on nous nomme ! »

« Nettoyer, désinfecter, on le faisait déjà ! »

Les grands groupes « se mobilisent ensemble, se concertent pour aménager les salles », explique Thomas Monnier. Les indépendants les rejoignent, exceptionnellement, dans le plaidoyer pour une reprise… « Même si je souhaite du plaisir aux “low cost” qui doivent faire venir du monde en pagaille », sourit, en coin, l’indépendant quimpérois Marc Thomas.

Tous se sentent prêts à appliquer les règles de distanciation, prêts à sacrifier certains équipements et à limiter la fréquentation, prêts à renforcer l’hygiène et le nettoyage des tapis de course, vélos et autres appareils de musculation. « Nettoyer, désinfecter, c’est quelque chose qu’on fait déjà ! Nos clients ont l’habitude », glisse Rozenn Boucheur. « On a tout à fait les moyens de tenir les consignes et les protocoles », appuie Marc Thomas.

« On ne voit en nous qu’un business mais… »

Ils ont trouvé des palliatifs à l’inactivité – « L’Orange Bleue a été la première à lancer une plateforme d’exercices et de cours en ligne dès le 17 mars », vante sa coach sportif, qui propose aussi, à Lannilis, des cours en extérieur depuis le début de la semaine. Keep Cool a été « le seul à stopper (en avril et mai) les prélèvements de ses abonnés », souligne Thomas Monnier. Une façon de ne pas se faire oublier de leurs adhérents…

Mais rien ne remplacera l’activité en salles. « On va souffrir, souffrir, s’attend Marc Thomas. Ce sera dur pour ceux qui n’ont pas les reins solides… J’estime qu’il nous faudra trois ans pour nous en remettre. On ne voit en nous que le business, mais il faut rééduquer sur l’éducation physique. Qu’est-ce qui booste les défenses immunitaires ? L’alimentation et… le sport ! »